Yves Leterme spreekt klare taal
24-08-2006

ImageL'interview accordée par le ministre - Président du gouvernement flamand, Yves Leterme à "Libération" a sorti
la Belgique de sa torpeur estivale. Au vu des réactions de nos édiles politiques, la rentrée institutionnelle s'annonce chaude.

Cependant, en relisant bien le texte de l'interview, force est de reconnaître qu'il a raison sur beaucoup de points, à l'exception notoire de ses critiques sur le niveau de néerlandais du Roi. Il affirme que la Belgique est une construction infiniment plus récente que la frontière linguistique de 1963. Il explique ce raisonnement apparemment curieux par le fait que cette dernière n'a fait que consacrer une réalité qui remonte à la chute de l'Empire romain, lorsque les Gallo-Romains ont été repoussés par les peuples germaniques. Selon lui, la différence entre le Nord, qui a adopté la langue des envahisseurs et le Sud, qui continua à employer le latin, date de cette époque.
Historiquement et culturellement, c'est exact. Il poursuit son raisonnement en embrayant sur le régime des facilités linguistiques, en expliquant son point de vue flamand : "dans les communes situées en territoire flamand qui sont à 70 ou 80 % francophones, l'usage du français est toléré par un régime spécial, celui des facilités". Il rappelle, qu'au départ, "l'idée était que beaucoup de francophones allaient s'adapter à la nouvelle réalité linguistique", ce qui ne s'est pas passé, probablement parce que ces habitants se sentaient sociologiquement et culturellement plus proches de Bruxelles.
Quand Yves Leterme dit que "le statut d'exception des facilités a été prolongé parce que les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais", il frappe où cela fait mal mais il faut bien reconnaître qu'il a encore une fois raison. Il ne vise bien entendu pas "les aptitudes" intellectuelles des francophones mais "l'état d'esprit" des habitants de la périphérie dont beaucoup - intellectuellement - n'ont que très peu voulu ou admis l'idée d'apprendre le néerlandais, même si la jeune génération tend aujourd'hui de plus en plus à inverser la tendance pour mieux coller à la réalité du marché de l'emploi.

Chose plus étonnante dans son chef, il relance l'idée de la création d'un véritable espace bilingue, d'Arlon à Oostende. Cette proposition avait été repoussée longtemps par les francophones, trop sûrs de leur supériorité culturelle et économique. Aujourd'hui, elle pourrait finalement être la solution pour ancrer définitivement la Belgique, née d'un accident (certes sympa- thique, qui préfigura la future Europe) de l'Histoire (un partage de frères entre Anglais et Français sur le dos des Hollandais et un mariage royal où un prince allemand de Saxe-Cobourg est sorti du chapeau) dans les gênes des habitants de notre pays. Sans oublier la place et le rôle spécifique de Bruxelles, ce qui reste parfois ambigu dans l'esprit d'Yves Leterme. Nous serions ainsi un formidable laboratoire européen, où Bruxelles pourrait pleinement jouer son rôle de capitale internationale. N'est-ce finalement pas une chance pour les francophones que de saisir la perche du multilinguisme qui leur est tendue et de jouer à fond la carte de l'Europe pour Bruxelles ? C'est en tout cas une voie intéressante qui permettrait de sortir de l'imbroglio actuel et une occasion rêvée de ranger définitivement la vision trop souvent dictée par le court terme qui caractérise la prise de décisions dans notre pays.

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