Attaques Oesling 84 à Vielsalm et Tueries du Brabant : la hiérarchie se tait !
15-05-2008

Au printemps 1984, une manœuvre interalliée se déroula dans les Ardennes belges et le Grand-Duché de Luxembourg. Son nom code : OESLING.

L’Oesling est le massif forestier courant à travers le Grand-Duché d’ouest en est sur le versant nord de la Sûre. Sous l’égide des Forces de l’Intérieur, la manœuvre s’articulait autour du troisième bataillon de Chasseurs ardennais [3ChA] caserné à Vielsalm. Elle mettait en œuvre des militaires belges, des Special Forces US, des éléments luxembourgeois et des hélicoptères allemands et américains. Le but de ce déploiement inédit était de mettre à l’épreuve le matériel et le personnel des «services spéciaux » entrés en « résistance » dans l’hypothèse de l’occupation de l’espace OTAN par les Forces du Pacte de Varsovie, le concept « stay behind » en somme. Bref, dans un contexte typique à la Guerre froide, on insisterait sur l’aspect « terrorisme » dans les thèmes tactiques.

Si le QG américain opérait depuis Londres, un relais radio fonctionnait à Vielsalm, un autre à Diekirch. Particularité de cette manœuvre : la présence plutôt insolite et quasi-secrète de « civils », rappelés du C-INT, du SDRA, de l’Amicale Para Commando, …]. Étrange, incongru et sans doute particulièrement dangereux ! Le Colonel Jean Militis, héros des Commandos, est alors député PRL oeuvrant au cabinet de Jean Gol. On fit appel à ses « compétences » pour choisir les hommes aptes à ce type d’action.

 

Le grand cirque
Dès le début, l’opération « Oesling 84 » fut émaillée de charlataneries destinées à faire monter la pression chez les « combattants. » On attaqua des installations réelles défendues par des gardes pourvus de munitions de guerre au mépris de toutes les règles de sécurité. Aux environs de Stockem, une gendarmerie du côté de Neufchâteau, un relais radio à Anlier… Bref, le grand cirque !
Intervient alors un combattant de l’ombre : Lucien Dislaire, hôtelier à Houffalize. C’est un baroudeur, un vrai. Commando au Congo dans les années 60-61, mercenaire au Katanga de Tshombe où il fut engagé contre les Lumumbistes et contre l’ONU. On cherchait un « partisan » pour épauler un commando basé dans les bois de Houffalize ? Dislaire est dans son jardin. Le voilà partant à coup sûr. Sa mission est claire : appuyer le commando en toutes choses ! Dans les faits : renseigner, transporter, ravitailler, héberger, effectuer des repérages. Du gâteau pour lui !

 

Peloton mixte
Le groupe opérant dans le nord de la province du Luxembourg compte une vingtaine de para commandos belges de Flawinne et 9 hommes des Special Force US [un officier et 8 sous-officiers]. Tous animés d’une détermination implacable… Ce peloton est commandé par un lieutenant belge.

En plein week-end prolongé du 10 mai, le Commandant Marlair assure la permanence Oesling à la caserne Ratz à Vielsalm. Un coup de téléphone affolé de l’officier de garde de la caserne des artilleurs à Bastogne le fait bondir : dans le cadre d’Oesling, leurs deux casernes vont être « attaquées » en guise d’entraînement.

 

Exercices surréalistes
Marlair bondit de colère et interpelle la direction de manoeuvre : pas question d’exécuter ces exercices surréalistes mettant en danger les hommes et les installations ! Même si les mouvements ont commencé, même si les chefs ont déjà reçu leurs ordres…

En début de soirée, Dislaire débarque ses « Rambo » dans la carrière sur la route de Grand-Halleux. Le camion bâché du garage Lambin est mis à l’abri. Les assaillants franchissent la Salm sur la passerelle des pêcheurs derrière l’hôtel « Les Linaigrettes » [alors Auberge du Rocher du Hour]. A un bon kilomètre de la caserne, l’opération est annulée. Le Commandant Marlair et son adjoint sont rassurés.

 

Des guerriers, pas des voleurs
Cependant, dans la nuit du 12 au 13 mai, le partisan Dislaire est cette fois au volant d’un bus emprunté à Houffalize. Au lieu-dit Martin-Moulin, il embarque son commando qu’il conduit à nouveau à Vielsalm. Les « guerriers » se planquent dans le bois derrière le Couvent des Salésiens au hameau de Farnières. Pour Dislaire, la semaine s’arrête là.
De nuit, il faudra aux assaillants deux heures de progression tactique par le bois de Hodinfosse et les Fonds de Crawé pour aborder la caserne Ratz, leur objectif !

L’atelier d’armement du dernier bloc est forcé : une vingtaine d’armes plutôt vétustes sont dérobées. Alors qu’à une quinzaine de mètres, dans l’armurerie voisine, 150 armes pimpantes sont prêtes pour le transport. Bizarre, de « simples voleurs » préférant de la pacotille à la haute joaillerie, bizarre !

L’Adjudant Fresches démarre sa ronde de sécurité à 01h30. C’est un sous-officier d’élite germanophone, consciencieux et toujours disponible.
Les agresseurs au boulot ont repéré le patrouilleur plus de vingt minutes avant qu’il ne leur tombe dessus. Ils ont donc opté sciemment pour l’affrontement. Quel pied pour nos « Héros » ! Ils vont faire péter la baraque et se donner un coup d’adrénaline du tonnerre de Dieu ! Voir « l’ennemi » dans le blanc des yeux, un vrai cette fois. Pas une cible en carton, non non, mais un superbe sous-officier, baraqué, armé d’un pistolet et de munitions de guerre. Le grand frisson, quoi !

 

Acharnement assassin
Fresches termine sa ronde. Un bruit insolite, il dégaine son pistolet et fait front. Pas le temps de la moindre sommation, une mitraillette Thomson 45 crépite. Le gradé est salement touché à l’abdomen et il s’écroule. « Faire le mort, c’était ma seule chance ! » expliquera-t-il. Mais cela ne suffit pas, le tueur s’est avancé. L’homme à la Thomson se campe au-dessus de sa victime. Une rafale à bout portant est censée l’achever. Trois impacts ! La mort ne voudra pas de lui. Pourquoi donc cette deuxième agression alors que l’homme au sol ne représentait plus le moindre danger pour quiconque ? Pourquoi ces munitions de guerre dans un exercice ? Pourquoi cette volonté assassine ?

Le 13 mai à 9h, alors qu’il roule de Spontin à Dinant, Lucien Dislaire apprend par RTL l’agression sur Fresches. Il fonce vers la Haute Ardenne, visite les « points de chute » prévus [Grand-Halleux, Joubiéval, Langlire…] Rien ! Les Américains ont été évacués par hélicoptères vers Bitburg, les Para commandos belges crapahutent dans la forêt, les caïds des Services spéciaux se sont évaporés.
Le 14 mai, le partisan trouve deux Américains plutôt perdus qu’il ramène à Joubiéval d’où ils seront héliportés. Tout cela alors que la manœuvre n’est pas terminée…
Le lendemain, arrivent à l’hôtel de Dislaire à Houffalize 3 Para commandos belges, dont le lieutenant. Moralement et physiquement, ils sont en piteux état. Sans ambages, l’officier confie : « Ça a mal tourné, on a eu un mort ! » Dislaire les rassure : l’homme est vivant et hospitalisé. Leur soulagement est immense.


Intox
Pour Lucien Dislaire, le plus piquant est à venir. L’armée le lâchera lamentablement en l’accusant d’avoir mené cette opération à son profit.
Plus tard, il apprendra les accusations portées contre les CCC : on retrouvera une arme de Vielsalm dans leur cache, une autre chez leurs alliés d’Action Directe. Intox, bien entendu ! Aux Assises en 1988, l’acte d’accusation des CCC ne pipe mot de l’affaire de Vielsalm. Ainsi s’écrit l’histoire…
Ce qu’on sait moins, c’est que quatre jours avant le drame, le fameux commando avait pratiqué un tir de nuit au stand de Vielsalm sous la direction d’officiers de la direction de manœuvre. On y retrouva les armes des uns et des autres. Mais aussi une panoplie inhabituelle pour des Belges et Américains : colts, une carabine 6mm, une Kalachnikov et une Thomson 45. Ces dernières passèrent de mains en mains, par plaisir, par curiosité !
Quand Fresches sera abattu précisément par une Thomson, personne ne fera mention de ces armes. Le devoir de réserve, peut-être ? Ou plutôt, l’omerta !

Que reste-t-il de ces tristes réalités, de ces sinistres manipulations ? Après 22 ans, cela bougerait-il, comme on le ressent au Grand-Duché voisin ? A Vielsalm, a-t-on falsifié la réalité car derrière l’homme à la Thomson se cacherait une vérité trop lourde à assumer ?

 

Rhétorique fascisante
Élément très troublant également : Jean Militis publiera début 1986 un livre intitulé « la peur apprivoisée », dans lequel il donne notamment une définition fascisante de la hiérarchie :
« […] La hiérarchie des hommes compte trois échelons : le premier est celui du cerveau qui conçoit et dirige ; le deuxième est celui des collaborateurs traduisant en directives la volonté du cerveau dirigeant, le troisième étant les exécutants. Tout au long du parcours, le courant de l’action est limité vers le haut par la pensée émettrice de la conception du projet et vers le bas par l’exécution».
Est-ce cela la hiérarchie militaire dans un Etat démocratique ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un sectarisme étroit, borné que l’on retrouve dans les esprits dérangés des instigateurs et des exécutants des tueries du Brabant à l’automne 1985 ?
Tout cela donne froid dans le dos…
Il faut savoir que Militis termine, à ce moment là, son mandat de député. Au cabinet Gol, il a musclé l’Etat belge et a créé le GIA en septembre 1984. Militis s’était fait remarquer quelques années plus tôt par l’organisation de camps de vacances qui formaient des jeunes à des méthodes ultra-organisées et violentes au Cap Corse. Il s’agissait en réalité de véritables milices privées. Coïncidence ?
Ce n’était pas pour le bouillant colonel un coup d’essai : il avait été un des initiateurs du coup d’Etat avorté avec les “Coqs Rouges” fin des années’70.

 

Gendarmerie versus Armée
Pour bien comprendre le contexte – et cette opération Oesling est un élément très concret – il faut faire la différence entre la gendarmerie et l’armée.
La gendarmerie est un corps fermé, où nos pandores s’entraînent entre eux : pas un civil, pas un étranger ne peut y entrer. Pour y faire des « sales coups », il faut la quitter [voyez Beijer et Bouhouche avec leur société ARI].
Au sein de l’armée, les choses sont fort différentes : il s’agit d’un corps ouvert à l’entraînement, à la motivation et à l’accueil de cercles de réservistes, d’amicales… Ce terrain est propice au parasitage : un noyau extrémiste organisé peut s’y développer, se motiver et bénéficier d’un anonymat optimal.

Mais au sein de la cellule de Jumet, Ruth et Vos ne veulent pas de la piste idéologico-sécuritaire…
Le week-end dernier, par contre, le procureur Michaux, le juge Raynal et le chef d’enquête Vos ont eu moins de scrupules à se rendre à une conférence d’un « profiler » américain à Rome pour 3 jours de séminaire !
Cela fait plus de 20 ans qu’on tourne en rond : même pas un mobile crédible à se mettre sous la dent !

 

Mensonges
L’armée a juré ses grands dieux qu’à part un dernier Oesling en 1986, il n’y avait plus jamais eu de telles opérations. La presse avait repris cette info le 15/11/1990 sous la plume de René Haquin du Soir
La hiérarchie de la Grande Muette ment : Un Oesling s’est encore produit en juin 1989 à Bredene dans un bunker le long de la côte. Une villa servait de centrale téléphonique à deux cents mètres de là.
Force est de constater, dans cette opération Oesling, qu’il ne s’agissait ni de vols d’armes, ni d’actions des CCC.

Ce qui frappe, c’est qu’on fait le forcing pour protéger les auteurs de l’attaque. Parce qu’il s’agit d’une simple bavure de manœuvre ? Ou plutôt parce que cela mènerait aux Tueries du Brabant : leur organisation, leur esprit, leur méthode, leur finalité ?

Aujourd’hui, les langues se délient, et notamment parmi les exécutants qui ne sont pas tenus par l’omerta. On se rend compte que les commandos ont été utilisés pour couvrir, à leur insu, une opération crapuleuse.
La balle est à présent dans le camp du Procureur général de Mons qui pourrait rouvrir ce dossier en requalifiant les faits et porter la prescription à 30 ans.
Si on le laisse faire…

 

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